Androgyne : différent ? Non, unique Lettre ouverte de Evan Mahé

      On entend beaucoup parler de la discrimination envers les personnes pour leur poids ou leur couleur de peau ou même leur sexe. Mais on entend pas assez parler d’un nouveau style physique qui est de plus en plus présent dans cette société : les androgynes. Surtout les hommes androgynes. J’ai l’impression qu’on “pardonnera” plus facilement une femme pour être androgyne qu’un homme. Concrètement, c’est quoi être androgyne ? C’est une personne qui joue sur l’apparence.

      Je parle pour moi personnellement. J’aime tromper les apparences. Ça m’amusait de voir que les gens se trompaient et me traitaient comme une fille à cause des clichés qu’ils ont appris toute leur vie. Je me présente : je m’appelle Evan Mahé, j’ai 19 ans et je suis un homme androgyne.

      Vous n’imaginez pas le nombre d’hommes hétérosexuels qui viennent m’aborder presque quotidiennement. Et quand ils apprennent la vérité, certains sont curieux. Ces hommes là sont gentils généralement. Ils sont ouverts d’esprit et me posent des questions sur ma vie au quotidien en tant qu’androgyne. Certains sont déçus, et cessent de continuer de me fréquenter. Et enfin les autres, les pires, certains s’énervent, sûrement par frustration, devenant presque violents et insultants.

      On entend beaucoup parler du sexisme, des hommes envers les femmes en général, ou même envers les transsexuels, mais on entend très rarement parler du sexisme envers les androgynes. Parce que je ressemble à une femme, je subis le sexisme masculin. C’est-à-dire : des regards et gestes déplacés, ou encore des messages incestes sur les réseaux. Ma jeunesse a été très difficile.

       

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      Quand on est jeune on est facilement influençable, mais aussi très fragile émotionnellement. Et quand j’étais jeune, j’avais déjà la gestuelle d’une femme et un visage trompeur : je n’ai pas une mâchoire carrée, un nez imposant ou des sourcils épais. Et dès ma jeunesse, je ne passais pas une journée sans être critiqué ou insulté. Je n’ai pas réussi à trouver du travail à cause de mon androgynie. On m’a dit de changer de look alors, mais jamais je ne changerai mon apparence pour qui que ce soit.

      En étant androgyne, j’ai du accepter le fait que trouver un travail dans le commerce, ou un travail où l’on verrait mon visage, serait presque impossible. Quand j’ai commencé à affirmer mes choix et à assumer qui j’étais et qui je voudrai être, ma mère, qui a toujours été présente pour moi m’a dit : « Le monde ne te fera pas de cadeaux. C’est difficile pour moi de te dire ça, mais en voulant être toi-même, tu vas devoir encaisser l’avis des autres, les regards et les jugements. Mais tu es fort, et c’est important pour survivre ». Exactement, « survivre ». Car aujourd’hui toujours, à l’heure actuelle, une personne différente va être considérée comme un paria qui doit survivre dans un mon encore trop hostile.

      Je veux surtout que l’on pense également aux androgynes. Il n’y a pas que le féminisme ou la cause LGBT. Il y a aussi les androgynes. On est très peu dans ce monde, mais on est là. On existe. On nous discrimine sur notre apparence, parce qu’on est pas dans les normes.

      Je ne vous raconte pas mon histoire pour qu’on me plaigne en tant que “victime”. Je suis fort, et toutes ces épreuves m’ont forgées. Mais je veux pas que d’autres personnes comme moi, qui se sentent différentes, uniques, aient à subir ce que j’ai subi toute ma vie. Prenez conscience que chaque acte, chaque mot, chaque geste, ont une conséquence.

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