Entre artisanat, identité culturelle et engagement économique, Atikuss défend une autre vision de la mode.
La mode raconte aussi des histoires de territoire, de mémoire et d’identité. Le 7 octobre dernier, à l’Hôtel Le Marois à Paris, Atikuss a porté celle des femmes artisanes innues jusqu’à la scène parisienne dans le cadre d’un défilé en marge de la Fashion Week.
Fondée par Josée Shushei Leblanc à Uashat mak Mani-Utenam, sur la Côte-Nord du Québec, la maison développe un univers où les techniques ancestrales rencontrent les codes du vestiaire contemporain.
Cuir, perlage, tissage, chaussures et accessoires composent un langage créatif qui puise dans la culture autochtone sans la figer dans le passé. L’ambition n’est pas simplement de faire entrer l’artisanat traditionnel dans la mode : il s’agit de lui donner une place durable dans l’économie créative actuelle.
Les Bottes de l’espoir, bien plus qu’un objet de mode
Au cœur de l’aventure Atikuss se trouvent les Bottes de l’espoir. Ce projet est né d’un constat de Josée Shushei Leblanc : les artisanes autochtones étaient trop souvent rémunérées de manière dérisoire pour leur travail. Elle a choisi d’en faire le point de départ d’un modèle entrepreneurial destiné à mieux valoriser leurs compétences et à leur permettre de vivre de leur art.
La démarche change ainsi la perspective sur le produit fini. Une botte brodée à la main ne représente pas uniquement une pièce singulière ; elle témoigne d’un savoir-faire, du temps consacré à sa fabrication et de la possibilité de transmettre ce geste à la génération suivante.
Chez Atikuss, les matières naturelles, le travail du cuir et les techniques de perlage participent à cette identité. La maison revendique également une attention à la réutilisation des matières, à la limitation du gaspillage et aux retombées pour les communautés.
Une création portée par les femmes
Depuis 2015, plus de 500 femmes issues de 11 nations autochtones du Québec ont participé au projet. Cette dimension collective est essentielle : Atikuss ne repose pas uniquement sur la vision d’une fondatrice, mais sur les mains et les connaissances de nombreuses artisanes.
En leur ouvrant des perspectives économiques, Josée Shushei Leblanc défend une conception de l’entrepreneuriat dans laquelle la réussite se mesure aussi à la reconnaissance du travail et à la continuité culturelle. L’artisanat devient un moyen de préserver des techniques tout en leur donnant une valeur concrète sur le marché.
Cette approche trouve un prolongement à Uashat, où la maison a inauguré en 2023 l’ÉCONOMUSÉE® du Maskisin, consacré au mocassin. Le lieu permet de mettre en lumière les étapes de fabrication et les connaissances associées à cet objet emblématique.
De la Côte-Nord à Paris
Le défilé parisien durant la Fashion Week marque une rencontre entre deux univers : celui d’une culture profondément enracinée dans le territoire et celui d’une capitale qui demeure une vitrine internationale de la création. Il offre à Atikuss l’occasion de présenter son travail à un nouveau public, tout en donnant davantage de visibilité aux artisanes qui contribuent à son développement.
Cette démarche ouvre une réflexion sur la mode au-delà des tendances. Qui fabrique les pièces que nous portons ? Quelle valeur accordons-nous au temps, aux gestes et aux personnes derrière un vêtement ou un accessoire ? Et comment faire de la création un levier de transmission plutôt qu’un simple exercice esthétique ?
Avec Atikuss, Josée Shushei Leblanc apporte une réponse ancrée dans l’action : faire de l’héritage innu une force créative et économique, sans dissocier la beauté d’une pièce de l’histoire qu’elle porte.
À Paris, le 7 octobre, ce sont ainsi bien plus que des créations qui ont été présentées. C’est une autre manière de penser la mode qui s’est invitée sur le podium : une mode où l’identité n’est pas un motif de surface, mais le fondement même du projet.












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