Entre villages de pierres dorées, ateliers d’artisans et rencontres inspirantes, le Beaujolais révèle une autre façon de voyager : plus lente, plus humaine, plus sensible.
Il existe des lieux qui semblent résister au temps. Dans le sud du Beaujolais, les villages de pierres dorées appartiennent à cette catégorie rare. Ici, les façades ocre captent la lumière comme nulle part ailleurs, les ruelles serpentent entre des maisons séculaires et les remparts racontent une histoire vieille de plusieurs siècles.
Mais au-delà de leur beauté, c’est surtout le rythme qui marque les visiteurs. À Oingt et à Theizé, deux villages emblématiques du pays des Pierres Dorées, le temps paraît s’écouler autrement. Peut-être parce que ceux qui ont choisi d’y vivre partagent un même rapport à la création : celui de la patience.
Dans ces villages préservés, les ateliers ont remplacé les vitrines standardisées. Derrière les portes anciennes, des femmes et des hommes façonnent leurs œuvres à la main. Ils écrivent, soufflent, peignent ou assemblent avec le même souci du geste juste. Une manière discrète de résister à l’accélération permanente de notre époque.
Oingt, un village devenu terre de création
Classé parmi les Plus Beaux Villages de France, Oingt pourrait se contenter de son patrimoine exceptionnel. Perché sur les hauteurs du Beaujolais, il offre un décor presque cinématographique. Les pierres calcaires extraites localement lui donnent cette teinte dorée qui évolue au fil des heures et des saisons.
Pourtant, Oingt n’est pas un musée à ciel ouvert. Depuis plusieurs décennies, artistes et artisans ont investi ses ruelles. Ils y ont trouvé davantage qu’un cadre inspirant : un environnement propice à la création.
Le temps d’un trait
Dans son atelier niché au cœur du village, Yves Dimier travaille à l’encre et au pinceau. Formé aux Beaux-Arts de Paris et influencé par la calligraphie extrême-orientale, il développe depuis des années un langage visuel singulier qu’il décrit comme des « dessins écrits ».
Sur le papier apparaissent arbres, visages, animaux ou silhouettes humaines tracés d’un geste libre et spontané. L’œuvre semble naître en quelques secondes, mais elle est le fruit d’un long apprentissage. L’artiste ne cherche pas à reproduire fidèlement le réel. Il tente plutôt d’en saisir l’essence, ce qu’il appelle le « contour intérieur des choses ».
Dans le silence de l’atelier, le geste devient presque méditatif. Face à ses encres, on comprend que certaines créations ne peuvent exister que dans le temps long.
Le verre comme matière vivante
Quelques rues plus loin, une flamme bleutée éclaire l’atelier de Cendrine Martin. L’artisane pratique le verre filé à la flamme, un savoir-faire ancestral qui transforme de simples baguettes de verre en créations délicates.
Sous l’effet de la chaleur, la matière se ramollit, s’étire, tourne et prend forme. Bijoux, objets décoratifs ou pièces plus poétiques naissent de ce dialogue permanent entre la main, le feu et la matière.
Là encore, tout est affaire de patience. Comprendre les réactions du verre, maîtriser le geste et donner vie à une pièce unique demandent du temps. Dans un village façonné lui aussi par les siècles, cette approche trouve naturellement sa place.
Une pause au cœur du village
À l’heure du déjeuner, les ruelles s’animent doucement. Installée au cœur d’Oingt, la Table du Donjon offre une parenthèse bienvenue entre les rencontres du matin et celles de l’après-midi.
Depuis la terrasse, le regard glisse sur les toits de Ternand et les collines environnantes. Ici, comme dans les ateliers voisins, l’attention portée aux détails fait partie intégrante de l’expérience. Le temps ralentit encore, et personne ne semble s’en plaindre.
Quand la lumière devient matière
L’après-midi débute dans l’atelier de Christelle Mahé. Depuis plus de vingt ans, la vitrailliste explore les multiples possibilités offertes par le verre. Son travail oscille entre restauration du patrimoine et création contemporaine.
Autour d’elle, des plaques colorées attendent la lumière qui leur donnera vie. Le vitrail possède cette capacité unique à transformer l’espace. Une fenêtre devient tableau, un rayon de soleil devient couleur.
Dans les mains de l’artisane, cette tradition séculaire continue d’évoluer. Le patrimoine n’y apparaît jamais figé. Il devient une matière vivante qui dialogue avec le présent.
Un univers habité par le féminin
À quelques kilomètres de là, à Theizé, l’atelier de Florence Dussuyer ouvre sur un univers profondément personnel. Son travail met en scène des figures féminines, des animaux et des formes inspirées de ses émotions, de ses rêves et de l’histoire de l’art.
Ses œuvres composent un langage visuel sensible où se mêlent présences humaines, motifs symboliques et éléments naturels. Chaque toile devient un espace d’expression intime dans lequel les formes et les couleurs traduisent davantage une émotion qu’une réalité visible.
Theizé, la beauté discrète du Beaujolais
Avant de reprendre la route, une dernière promenade dans les ruelles de Theizé prolonge cette immersion. Comme Oingt ou Ternand, le village incarne cette France discrète qui ne cherche pas à impressionner mais à transmettre. Celle où l’on prend encore le temps de discuter avec les habitants, de pousser la porte d’un atelier ou de s’arrêter simplement devant un paysage.
Voyager moins, ressentir davantage
Le Beaujolais offre aujourd’hui bien plus qu’une destination œnotouristique. Il propose une autre manière de voyager, fondée sur la proximité, l’authenticité et la rencontre.
Entre patrimoine préservé, artisans passionnés et adresses engagées, cette échappée au cœur des pierres dorées rappelle qu’il n’est pas toujours nécessaire de parcourir le monde pour être dépaysé. Il suffit de pousser la porte d’à côté.

















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