À Bordeaux, la Maison Petrusse célèbre ses 30 ans en faisant dialoguer foulards de soie, patrimoine culturel et savoir-faire artisanal. Reportage sur une maison de création dont les inspirations se découvrent aussi sur le terrain.
À l’occasion de cet anniversaire, deux journées de visites ont permis de suivre les liens que la Maison Petrusse entretient avec son territoire. De la Cité du Vin aux ateliers du Château Mauriac, en passant par une école de métiers d’art et des domaines viticoles, le parcours révèle une autre manière d’aborder la mode : à travers les lieux, les collaborations et la transmission. Ici, un accessoire peut porter la trace d’un paysage, d’une œuvre ou d’une histoire.
À Bordeaux, le foulard devient un support de récit
Première étape : la Cité du Vin, espace culturel consacré aux civilisations du vin. Son parcours immersif explore les vignobles du monde à travers des contenus interactifs et des expériences sensorielles.
Dans la boutique officielle, la collaboration avec la Maison Petrusse donne une forme textile à ce patrimoine. Deux carrés de soie illustrent cette rencontre. « Ampélia » a été imaginé pour le dixième anniversaire de la Cité du Vin. Sa composition évoque le territoire, les cépages et le patrimoine. « Calix », décliné dans une palette Fruit Rouge, reprend les symboles du vin (vignes et verres) dans un esprit coloré et contemporain.
Ces pièces traduisent un univers culturel en motifs à porter. La soie devient une toile où se condensent des références à un lieu ou à une histoire.
La visite de la Philomathique de Bordeaux révèle une autre dimension : la transmission. Cette école historique réunit plusieurs métiers d’art et d’artisanat. La Maison Petrusse lui confie des stocks et des archives de soies que les apprenants du CAP Métiers de la mode réemploient pour confectionner des objets, notamment des pochons et des chouchous.
La collaboration relie création et apprentissage, tout en réemployant des matières déjà disponibles. La transmission se matérialise jusque dans les ateliers : la Maison a fait don à l’école d’une table de drapier du XIXe siècle, autrefois issue de ses boutiques. Son plateau, marqué par des décennies de contact avec les étoffes, sert aujourd’hui de plan de travail aux futurs artisans. Le patrimoine continue ainsi d’être utilisé, plutôt que seulement exposé.
Du Château Rouillac au Château Mauriac, des lieux qui nourrissent la création
Le parcours se poursuit au Château Rouillac, ancienne maison de campagne du baron Haussmann, aujourd’hui propriété de Laurent Cisneros et de sa famille. Le domaine produit notamment des vins de l’appellation Pessac-Léognan. La visite souligne les liens entre la famille Cisneros et Florence Lafragette, directrice artistique de Pétrusse. Les projets communs incarnent les liens entre la maison et les acteurs du territoire.
Le lendemain, le Château Mauriac, à Langon, conduit au cœur du processus créatif. Édifié en 1860 par Jacques Mauriac, grand-père de l’écrivain François Mauriac, le domaine familial a inspiré à l’auteur le cadre de son roman Génitrix. Depuis 2010, la Maison Petrusse y a installé ses ateliers de création et de fabrication. Florence Lafragette et ses équipes y imaginent des capsules de foulards et d’étoles.
Le château accueille donc le travail de conception et de réalisation des collections. L’héritage littéraire côtoie le savoir-faire textile. Cette implantation donne un ancrage tangible à des objets qui circulent ensuite bien au-delà de la Gironde.
La maison crée également des accessoires sur mesure pour des musées, des châteaux et d’autres partenaires culturels. En 2025, elle a collaboré avec la Maison Matisse et la Fondation Frida Kahlo, et fait son entrée dans le Design Store du MoMA à New York. En 2026, elle s’associe au Grand Palais pour la collection « Sous le Ciel de Paris ».
Ces projets font de l’accessoire un point de rencontre entre mode et culture, nourri par les archives et le dialogue avec les lieux.
Le terroir bordelais, entre art de vivre et savoir-faire
Le vin constitue un autre fil conducteur du séjour. Au Château Malartic-Lagravière, la visite passe par les espaces de production et les chais d’élevage en barriques. Située dans l’appellation Pessac-Léognan, la propriété fait partie des domaines classés pour ses vins rouges comme pour ses vins blancs. Elle partage avec Petrusse un attachement au terroir et à l’art de vivre bordelais.
En 2025, Florence Lafragette et Séverine Bonnie, copropriétaire du château, ont rapproché la collection d’étoles « Horizons » et les cuvées du domaine lors de dîners de gala et d’expériences œnotouristiques. Cette collaboration repose sur une volonté de faire dialoguer des savoir-faire distincts, celui du textile et celui du vin.
À la direction artistique depuis 2019, Florence Lafragette renouvelle les collaborations d’une maison fondée il y a trente ans. La production des collections est majoritairement française. Les partenariats avec des écoles et des institutions donnent une place visible à la transmission et au réemploi des matières.
Ces engagements se découvrent à travers des objets, des ateliers et des lieux visités. Une table de drapier toujours en service, des soies d’archives transformées par des élèves, des carrés inspirés par le vin : autant d’exemples qui relient la création à des pratiques concrètes. Ils montrent comment la mode peut participer à la mise en valeur d’un patrimoine sans le réduire à une image.
Une mode qui se raconte par les lieux
Pour ses 30 ans, la Maison Petrusse se découvre à travers les lieux et les personnes qui nourrissent son travail. La Cité du Vin montre comment le patrimoine devient motif ; la Philomathique rappelle l’importance de transmettre les gestes ; le Château Mauriac rapproche l’histoire littéraire de la fabrication textile. Les domaines viticoles inscrivent ces échanges dans un art de vivre régional.
Ce parcours dessine une relation entre mode et territoire qui dépasse la seule inspiration esthétique. Les foulards et les étoles racontent des histoires parce qu’ils naissent de rencontres, de matières et de savoir-faire. La création apparaît ainsi moins comme un objet isolé que comme le résultat d’un dialogue continu entre culture, artisanat et lieu.












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