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L’exposition « Mode Retrouvée » au Palais Galliera par Nathan Robin

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S’il est, pour moi, un endroit où je peux me ressourcer, apprendre et parfois être étonné c’est bien le palais Galliera. Fervent visiteur du musée de la mode, c’est confiant, mais plein d’attentes que je me suis rendu à la nouvelle exposition de ce dernier: Mode Retrouvée.

Si je dois à regret confesser que j’étais parti avec une certaine distance vis à vis du sujet, moins conventionnel que les précédents, c’est en réalité pour mieux vous conter combien la magie opéra aux yeux du visiteur que j’étais et du passionné de mode que je suis. Intimiste et mystérieuse, la mode, timide et exubérante à la fois, dévoile son double visage sous le grand chapeau de la comtesse de Greffulhe en exposant ce qui est peut être une quarantaine de robes et bien plus d’accessoires pour la plupart réunis dans une salle réservée à ces derniers.

C’est un dressing scénarisé avec gout qui nous est présenté. Les robes d’apparat gigantesques côtoient des pièces plus proches du corps, qui révèlent autant de nuances dans le goût de la comtesse que dans les occasions de porter de telles pièces. Pour le soir, le jour, le weekend, les grands comme les petits événements possèdent tous la tenues qui leur est propre.

Des scènes sont créées au milieu d’autre pièces plus grandes qui créent une vision intimiste, des scènes de vie dont la plus grande actrice disparue a laissé l’empreinte de son corps dans les plis d’une robe, ou plus subjectivement dans l’association d’un corset à un jupon.

C’est une bribe de vie qui vous est offert à chaque robe que vous découvrez; l’ouverture d’une époque, d’un milieu aristocratique et la douceur d’une femme qui inspira ses contemporains et en particulier l’écrivain Marcel Proust. Par une scénographie aussi simple que bien pensée, le musée Galliera met en perspective le double univers de la mode et de la littérature. Vous découvrirez autant de lettres personnelles de la comtesse que de passages extraits de la recherche du temps perdu en passant par des billets rédigés par l’écrivain où ce dernier se délecte des charmes qu’il prête au regard profond de la comtesse sous les traits de la duchesse de Germante. Dans le même temps il trouve au visiteur fasciné les mots qui lui manquent pour qualifier toute la grâce qui émane du spectacle inanimé qui se joue devant ses yeux.

Ainsi cette dernière ne se présente plus au spectateur par son unique point de vu mais elle devient véritablement l’objet de toutes les réflexions, de tous les questionnements. Si l’on découvre en elle quelques aspects qu’on qualifierai aujourd’hui de « caprices de stars » c’est que notre comtesse peut bien se le permettre. Model pour autant de photographes et de peintres talentueux qu’a porté son époque, ils ont tous côtoyé la comtesse et elle fût pour beaucoup leur muse. Et même par delà la mort elle reste une source d’inspiration pour le monde des arts.

C’est ce que l’exposition tend à nous faire découvrir à travers les œuvres notamment d’une artiste contemporaine, Aurore de la Morinière, qui, imprégnée de la biographie de la comtesse, de ses tenues et de tous les écrits qui la dépeignent, réalisa des monotypes et des peintures à l’encre de chine qui, dans le vif d’un pinceau, dans l’aspect fugace d’une inspiration, visent à rendre réelle et palpable l’élégance et le charisme de l’aristocrate. Le mouvement s’empare de l’oeuvre bien plus profonde que graphiquement précise et il n’est nulle besoin d’un visage au corps représenté pour que le visiteur soit porté par l’allure de la comtesse, plus humaine que jamais dans ces œuvres annexes.

Vous l’aurez compris c’est à mon sens l’aspect complet de l’exposition qui fait sa force. Si comme je l’avais déjà évoqué plus avant, le sujet peut aux premiers abords sembler moins intéressant que les dernières expositions qui se sont tenues au palais Galliera, ne vous méprenez pas car c’est là le tour de force de cette exposition. En véritable guide, les salles du musée vous conduisent à chaque pas un peu plus au cœur de la personne que fut la comtesse de Greffulhe en transformant le musée en ce qu’aurait pu être sa maison. Les informations et extraits de textes à son sujet trouvent leur place dans des cadres ainsi que le feraient des œuvres d’art dans un salon mondain. C’est avec regret que l’on quitte la comtesse, sous quelques notes musicales,  mais gardons précieusement ce que l’on tire de sa prestance, de sa ferveur pour l’art et de son goût en matière de mode.

Nathan Robin

 

 

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